Un petit mot rapide pour dire que je suis bien et tout est sous contrôle à Santiago. Un grand merci à tous ceux qui m’ont écrit. J’ai essayé d’appeler en Roumanie et au Québec mais les réseaux de télécommunication étaient en mauvais état la nuit du tremblement de terre.
C’était le tremblement de terre le plus fort que j’ai jamais vécu. 8,3 degrés à Santiago (où je me trouve), 8,8 dans le sud à Concepción. C’est arrivé à 3h34 du matin. J’étais en train de faire les valises parce que ce matin on devait prendre l’avion pour Buenos Aires. Multitasking oblige, je faisais aussi du ménage donc du coup j’avais toutes les fenêtres ouvertes. Quand ç’a commencé, je me suis dit que c’était le vent qui faisait claquer les fenêtres et la porte mais les rideaux bougeaient pas. J’ai mis les mains sur la porte et c’est là que j’ai compris que c’était pas le vent. Quelques secondes plus tard la lumière clignotait et tout bougeait extrêmement fort, y compris le sol sous mes pieds. J’ai ouvert la porte et je suis sortie à la course. J’habite au premier étage. On aurait dit que la nature était déchaînée et à chaque seconde qui passait, le mouvement était plus intense. En sortant, j’ai croisé mes voisins français et ç’a m’a tranquillisée à quelque part. On dirait que c’est moins pire quand ça va mal et on ne se sent pas tout seul. C’était long, très long.
La plus effrayée était l’administratrice de l’immeuble, une chilienne dans la quarantaine. Elle m’a dit qu’il pourrait avoir une réplique et c’est ce qui m’a fait le plus peur. Entre 3h30 du matin et 7h00, j’ai dû sortir plein de fois de chez moi. J’ai essayé d’appeler et même d’envoyer un message sur Facebook avec mon cellulaire pour dire que j’étais ok mais c’était en vain, le réseau était collapsé. Finalement le courant est revenu, j’ai ouvert la télé et je suis tombée endormie…Vers 9h30, j’ai sauté du lit en voyant les images. Je me suis dit que je devais à tout prix trouver un moyen de dire à ma mère que j’étais ok puisque si elle voyais les images que je voyais, elle était sûrement en état de panique.
[J’avais écrit ce message hier mais j’ai pas pu le mettre en ligner car j’ai manqué de batterie et ensuite j’ai manqué d’électricité.]
Je l’ai su après, dans les médias, que c’était un tremblement de terre qui a duré deux minutes.
Aujourd’hui, dimanche on a encore manqué d’électricité dans certains quartiers de Santiago mais c’est la moindre des choses. La situation est terrible dans le sud du pays donc ici on se sent vraiment privilégié. On parle de villes et villages au bord de la mer qui ont été fortement touchés…parfois complètement rasés par les vagues. Les autorités chiliennes contrôlent bien la situation et tout le monde a mis la main à la pâte pour aider.
Le seul « hic » pour l’instant : hier les autorités avaient nié la possibilité d’un tsunami et finalement c’est arrivé. On parle de vagues de 15m. D’un autre côté, le temps de réaction entre le moment où on sait que ça va arriver et l’événement-même est tellement court, qu’on ferait plus semer la panique que vraiment pouvoir aider ou évacuer.
Il y a eu des répliques pratiquement toute la journée hier et une partie de la journée aujourd’hui. La plus forte était ce matin. On parle d’environ 6 degrés sur Richter. Inutile de vous dire que ça m’a pris 3 secondes pour sauter du lit et aller dehors. Si quelqu’un bouge la table, j’ai encore l’impression que les secousses vont recommencer…
Si vous avez essayé de me contacter sachez que les communications sont encore difficiles et même mes parents de Roumanie ont pas encore pu me parler au téléphone.
Certains journalistes canadiens ont essayé d’entrer en contact avec moi. Vraiment, j’aurais aimé vous parler mais j’ai manqué d’électricité et j’ai pas pu aller dans un centre d’appels. Et si vous avez essayé de me joindre sur mon cellulaire vous avez sûrement eu le même sort que mes parents : le réseau n’a pas fonctionné.
Si j’avais quelque chose à vous transmettre, c’est que les images du sud du pays sont terribles mais que tout le Chili n’est pas un chaos. Si vous voyez ce que je vois à la télé, vous devez avoir une image de catastrophe généralisée. Rassurez-vous tout le pays n’a pas été affecté. Mais oui, la situation est très très difficile.
23h55 : Pendant que j’écris ce message, il vient d’avoir une autre réplique.
Encore une fois, on se sent privilégié à Santiago.

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